samedi, janvier 21, 2006

Je suis amoral et apatride (mais je me soigne)

La thèse du chaos mental est à la mode en ce moment. Du "chaos mental collectif" plutôt. Voire de la "décadence" et du "desordre". L'économie de marché est accusée d'effets pervers sur notre psyché, on met sur le dos de ses supposés "excès" tous les prétendus signes de décadence mentale que certains perçoivent. La ruée chez McDo, le cinéma multi-fonctions qui ne passe que des blockbusters US et autres lieux de "sous-culture" qui sont des sites hérétiques pour le tenant de la thèse de la décadence populaire. Période d'incertitude, parait-il. La faute à la mondialisation, dit-on. La faute à ces sales yankees et à ces rosbeef peut-être même. Nous Gaulois, sommes tellement forts, mais si fragiles et en cela semblables aux peuples voyant leur destin s'effacer. Enfin, c'est ce qu'on dit. Pas moi je vous rassure. D'un coin du terrain vague à l'autre, ils sont tous en rang, sans écart insolent et soigneusement placés l'un derrière l'autre, fourbissant leurs armes contre le grand "désordre mondial". Alors sus aux "déclinologues", proclament ceux d'un côté. A bas les bénis oui-oui, affirment ceux qui leur font plus ou mois face. Que ça soit les uns ou les autres, tous partagent cette même aversion de l'apatride et de l'amoral. UMPS et "patriotisme économique" de l'un, libéraux tentés par le chemin rétrograde de l'autre. Alors que les premiers entonnent l'hymne national devant le siège de Danone ou d'Alstom, les seconds partagent le rejet des "patriotes" envers l'amoralité d'un libéralisme accusé d'être sans patrie tout en soutenant mordicus que le libéralisme offre de bons résultats sur le plan économique. C'est déjà ça de pris, me direz-vous. Soit. Mais quid des brèches qui fragilisent le prêchi-prêcha de la pensée unique bo-boïsante? Alain Finkielkraut par exemple. L'un des exemples d'un politiquement correct qui prend du plomb dans l'aile. C'est bon signe, assurément. Mais il subsiste un problème: qui va s'engouffrer dans ces failles? Qui va en tirer profit? Les individualistes libéraux ou les panzer-rétrogrades? Et si, dans un rapprochement né d'un ennemi commun fragilisé, ces deux factions que tout oppose étaient en train de s'observer du coin de l'oeil? Les premiers se rendent parfois compte qu'ils ne l'ont jamais forcément été et sympathisent, l'air de rien, avec les seconds.

La question se pose, très sincèrement. Alors que la pensée unique laisse apparaître quelques plaies, qui va prendre le couteau et le planter là où il faut? Mais surtout: qui va tendre la lame sanguinolante vers les cieux, en signe d'héroïque victoire? Les panzer-rétrogrades, nostalgiques de l'Empire rose et composant une soldatesque se tenant droite comme un "i" devant les amoraux et les apatrides... ou les individualistes libéraux "amoraux et apatrides"? Il faut se poser la question. Qui sont les plus nombreux chez les dissidents en proie aux crocs de la broyeuse bo-bo? La droite "nationale" qui se veut rebelle et revancharde ou les libéraux, défenseurs individualistes de la liberté et humanistes avant l'heure? Après le conflit contre le politiquement correct, c'est la course qui va suivre qui m'inquiète. Ou ses aboutissements plus exactement. La droite énervée n'est pas le libéralisme. La droite énervée accuse les libéraux de ne pas se prosterner devant ses idoles bleus blanc rouges. De la même manière que les individualistes que nous sommes refusont la genuflexion honteuse à laquelle les égalitaristes roses-rouges veulent nous soumettre, il n'est pas question de baisser la tête devant le folklore national-populiste des Brasillach boys. Leurs icônes dépoussièrées ne nous font pas rêver, pas plus que leur esthétique fashionisée.

Quand la pensée unique va mal, à qui profite la douleur? Relativistes défenseurs de Pinochet, post-fascistes auto-proclamés, chiens de garde crypto-bruns, pseudo-Nostradamus à la mentalité de croisé névrosé et autres rejetons nauséabonds du boboïsme intello couleur identitaire inassumée. Tous nagent dans la flaque de leur dégobillage flouté, d'autant moins clair qu'il a prétention à coller au pied des partisans de la liberté, des défenseurs humanistes de l'individu et adversaires résolus de la tyrannie constructiviste. S'engouffrer dans la brèche et y gagner du galon? Oui. Mais d'abord: nettoyons devant nos portes.

- Lafronde

21 Comments:

Blogger Gisli Sursson said...

Bien vu. Notez cependant que les excités névropathes cathomophobes bleu-blanc-rouge-brun (et j'en passe des meilleures) n'ont rien contre un certain internationalisme dès lors qu'il revêt la forme d'une alliance qui ressemblerait fort à un axe bien plus ancien, au moins dans l'esprit. Le réac nippon peut fort bien s'entendre avec la ganache chatho-populiste polonaise et le souverainiste monomaniaque français.

Ces gens sont assez pitoyables en fait car ils accusent les autres de tous les maux tout simplement parce qu'ils ne sont pas sûrs d'eux-mêmes et de leurs valeurs. Se replier sur soi-même, vouloir se figer dans une époque révolue et fantasmée est une marque de faiblesse que l'on essaye de maquiller derrière un culte de la force plutôt kitsch.

L'utlagi libéral sait ce qu'il est, il n'a pas peur de l'autre. Au fait, merci pour le lien dans le blogroll.

Yðar einlægur

11:10 AM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

En effet, la constitution d'un tel axe international n'est pas à rejeter quand celui-ci répond à certains critères culturels et civilisationnels. A ce titre, l'on peut observer que le militarisme pro-US est devenue une idéologie de revanche pour ces post-fascistes, les Etats-Unis étant à la tête du monde occidental, il va sans dire que la défense de l'Occident judéo-chrétien contre les "agressions métèques" s'accomode sans déplaisir d'un atlantisme travesti.

Merci à vous pour le lien Lafronde's Blog sur LSL.

- Lafronde

11:48 AM  
Blogger Controvertia said...

Excellent!

12:43 PM  
Blogger Gisli Sursson said...

Tiré des plaidoiries de l'avocat du Tribunal des Flagrants Délires:

- "Les chiffres sont accablants: il y a de plus en plus d'étrangers dans le monde".

- "ce que nous voulons ? Nous voulons une société parfaite! Qu'est-ce qu'une société parfaite amis libéraux ? Une société où il n'y a pas de grèves, où les travailleurs émigrés sont là pour travailler et pas pour se goinfrer de couscous ou de morue, où le terrorisme doit être interdit, où les riches doivent être contents d'être riches et les pauvres content d'être pauvres, où tout le monde doit être unis contre tous les autres".

1:52 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Sans oublier la fermeture de toutes les boucheries "Abdul et fils" en raison de la souffrance sans commune mesure que subissent ces pauvres moutons innocents.

- Lafronde

2:10 PM  
Blogger Gisli Sursson said...

Il est d'ailleurs scandaleux qu'Abdul puisse avoir un fils alors que nos belles pouliches occidentales abreuvées au lait du nihilisme, de la modernité à tout crin, du féminisme gauchisant et férues d'une liberté qui ne sert à rien préfèrent travailler que passer leur vie à vêler, nourrir et torcher ce qui devrait être la relève des maîtres du monde, ces fiers occidentaux conscients de la puissance contenue dans la potentialité de leur capacité génocidaire.

3:33 PM  
Blogger couhoulinn said...

Amoral et apatride?

On chante l'internationale?

7:42 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

"Maréchaaal, nous voilaaa..."

C'est plus à ton goût?

- Lafronde

8:29 PM  
Blogger Gisli Sursson said...

un rexiste ?

8:59 PM  
Blogger couhoulinn said...

Ce serait plus la "Brabançonne" ou "les tournaisiens sont là"

B-)

Faut pas déconner, diviser le monde entre les "justes" et la lie bolcho-nationaliste... c'est pas très malin.

11:31 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Ce n'est pas la question. Seulement, je commence très sérieusement à fatiguer: entre les donneurs de leçon du libertarianisme solaire qui ont prétention à décerner des diplômes de faux-libéralisme et les national-pop qui se servent du libéralisme comme ça les arrange en y mêlant de la monomaniaquerie anti-hallal, j'avoue que j'ai du mal à rester calme. Où est l'individualisme dans tout cela? Où sont les libéraux parmi cette masse de grégaires?

- Lafronde

12:03 AM  
Blogger couhoulinn said...

L'individualisme est inhérent dans notre société, ou en tout cas devrait l'être.

L'individualisme devrait permettre aux gens d'essayer de donner le meilleur d'eux-mêmes, pour eux, pour leur fierté, pour acquérir renommée, fortune, reconnaissance, voire (et surtout, car c'est le but inhérent de la vie en société) postérité.

Mais l'excès nuit à tout : Dans une société, les hommes vivent ensemble de manière "schizophrénique" : Ils sont chacun unique mais en vivant au milieu de leurs semblables. Il faut trouver le juste milieu entre une société purement individualiste qui n'en est plus une car rien ne rattache les individus entre eux et une société constructiviste visant à avoir un paysage "pur" d'"Hommes" qui sont tous "purement semblables" et interchangeables.

Pour ce qui du libéralisme, encore faut-il que tout le monde ait la même définition. S'il se limite à la théorie économique, il sera toujours un outil aux yeux de la majorité.

11:10 AM  
Blogger Blueberry said...

Si certains sont pro-US, c'est plus pour avoir lu Robert Kagan qu'autre chose... Maintenant, il me faut vous dire quelque chose pour votre édification. Vous savez, cher Lafronde, la stupidité, l'ignorance et l'incohérence, vos trois plus grandes caractéristiques donc, ne sont pas le meilleur moyen d'échapper à la masse grégaire.

3:01 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Alors que d'autres ne s'attachent qu'à la couverture du livre. Kagan n'est pas une de mes références. Je constate que vous avez bien bavé, ça fait du bien?

- Lafronde

4:34 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Dans une société respectant les principes individualistes, les individus sont liés par la liberté de l'échange qu'aucun législateur ne viendrait contrarier, ce n'est pas l'égoïsme autarcique que tu imagines en pensant à un individualisme "pur". De plus, moins l'Etat-papa se fait pesant et plus l'on va vers une société ouverte, plus il y a de chances de voir réapparaître des réseaux spontanés d'entraide, que cela soit la famille ou autre chose, etc. C'est le Nanny State social-démocrate qui sépare les individus les uns des autres en substituant la violence fiscale à la solidarité spontanée, pas l'individualisme.

- Lafronde

4:42 PM  
Blogger couhoulinn said...

Tu n'as encore rien compris. Tu fais une fixette, c'est toujours la même rengaine.

Dès que l'on te parle de "communauté" ou autre, tu anathémises avec des grands d'orfraie «Nanny State!».

La société dont tu rêves, elle ne respecterait rien, elle est dans la tête des plus gauchistes avec leur individualisme exacerbé. Tu es à l'"anti-étatisme" ce que d'autres sont à l'anti-racisme. La même pensée que les étatistes gauchistes mais inversée.

Comme certains veulent enfermer les gens dans l'antiracisme pour qu'ils ne s'enferment pas dans les racismes qu'ils s'inventent en grande partie. Toi tu t'inventes des étatismes big brother et communistes pour baraguiner une logorrhée monomaniaque voulant enfermer les gens dans une prison individuelle.

8:58 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Bla bla bla et branlette verbale. Couhoulinn, c'est toi qui n'a pas compris un traître mot de ce que je viens d'écrire. Par conséquent, je t'invite cordialement à remettre tes lunettes et à t'écraser modestement. Merci.

Je reprends. Tu me dis qu'il faut trouver un "juste milieu entre une société purement individualiste qui n'en est plus une car rien ne rattache les individus entre eux et une société constructiviste visant à avoir un paysage "pur" d'"Hommes" qui sont tous "purement semblables" et interchangeables". Je te réponds que ton analyse est fausse et qu'une société "purement individualiste" telle que tu l'imagines est en fait une société où chacun vit en auto-suffisance autarcique sans inter-agir avec l'autre. Or, dans un pareil cas, on ne peut même plus parler de "société". J'ai également dit que c'est le paternalisme intrinsèque à l'Etat-providence qui sépare les individus les uns des autres en annihiliant des réflexes d'entraide spontanée qui s'exprimaient au travers d'institutions comme la famille par exemple, et ceci au profit d'une violence fiscale dite "solidaire". On a en outre supprimé une charité et une solidarité spontanée, naturelle, traditionelle, institutionelle et purement individuelle par un système d'imposition/redistribution permanent qui ne mérite guère le qualificatif de "solidarité".

Tu affirmes que dans une société "purement individualiste", plus rien ne "rattache" les individus entre eux, je te montre alors que cette accusation est infondée, en revanche elle l'est quand on la porte à l'endroit du "Nanny-State social-démocrate" dans lequel on vit car, en effet, ce dernier est bel et bien responsable de la déliquescence du principe de solidarité et de charité dans ce pays comme dans d'autres. A contrario, il y a fort à parier que dans une société purement individualiste, ces réflexes perdus puissent réapparaître spontanément avec l'effacement progressif du pouvoir étatique.

Est-ce plus clair désormais?

- Lafronde

10:06 PM  
Blogger Harald said...

Une bien belle volée de bois vert.

Chapeau bas. Là je dis "Respect".

11:23 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Ca fait plaisir. ;-)

- Lafronde

12:15 AM  
Blogger couhoulinn said...

Si l'intéraction entre des personnes incapables d'autosuffisance se fait seulement au niveau financier, cela ne s'appelle pas une société mais un marché.

A contrario, il y a fort à parier que dans une société purement individualiste, ces réflexes perdus puissent réapparaître spontanément avec l'effacement progressif du pouvoir étatique.
La famille? Fruit d'une société individualiste? C'est à la naissance des premières Cités-Etat que des personnes ont pu se libérer du carcan de la "maison" (famille, serviteurs, esclaves) et avoir des droits individuels.

Retire l'Etat (si tu peux imaginer sa notion originelle au delà de ta monomanie "nannystate-facho-identitaire"), et tes droits individuels n'existeront plus. Ils seront au bon gré d'un chef d'une "maison".

L'inverse est également vrai : Retire la famille, et tes droits individuels n'existeront plus. Il seront soumis au bon gré d'un Etat totalitaire.

L'individu n'existe qu'au milieu de l'Etat et de la famille. Il a besoin de l'un comme de l'autre.

Médên agan disaient les grecs.

5:26 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Si l'intéraction entre des personnes incapables d'autosuffisance se fait seulement au niveau financier, cela ne s'appelle pas une société mais un marché.

En effet, mais ce n'est pas ce dont je parlais. Je disais simplement qu'une société de personnes vivant en autarcique auto-suffisance n'est pas une société car il y a absence même de "réseau". Enfin bref, ce n'est pas le plus important.

La famille? Fruit d'une société individualiste? C'est à la naissance des premières Cités-Etat que des personnes ont pu se libérer du carcan de la "maison" (famille, serviteurs, esclaves) et avoir des droits individuels.

J'ai simplement dit que comparativement à un Etat-papa providentiel, il y avait plus de chances que des valeurs d'entraide spontanées réaparaissent dans une société plus individualiste, donc moins étatisée que la notre. Cela ne veut pas dire que "la famille est le fruit d'une société individualiste". Cela peut par exemple s'appliquer au cas de l'Etat minimal. Désolé si je n'ai pas été assez clair.

Retire l'Etat (si tu peux imaginer sa notion originelle au delà de ta monomanie "nannystate-facho-identitaire"), et tes droits individuels n'existeront plus. Ils seront au bon gré d'un chef d'une "maison".

Je n'ai jamais parlé de "retirer" l'Etat en lui-même mais l'Etat-providence, ce dernier ayant tué la charité et la solidarité volontaire et spontanée entre les individus. Après, on peut discuter de l'anarcho-capitalisme si tu veux mais ce n'est pas vraiment le sujet de mon article ni ce qui nous préoccupe.

L'inverse est également vrai : Retire la famille, et tes droits individuels n'existeront plus. Il seront soumis au bon gré d'un Etat totalitaire.

L'individu n'existe qu'au milieu de l'Etat et de la famille. Il a besoin de l'un comme de l'autre.


Oui, un individu se forge au contact du cercle familial, concernant l'Etat on peut légitimement en douter car dire que l'individu n'existe pas sans l'Etat revient à nier la validité des droits naturels dont il est doté en tant que res cogitans, or nul besoin d'un Etat pour cela.

- Lafronde

8:50 PM  

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