vendredi, septembre 02, 2005

Mon épicier explique la démographie

Récemment en abordant le sujet sensible pour ne pas dire tabou de la démographie, de l'immigration et des changements de population que cela induit avec un camarade de forum, on en est venu à parler de son épicier maghrébin, homme besogneux, ne craignant pas au contraire de beaucoup de ses contemporains de travailler durement, celui-ci ouvrant son épicerie tous les jours de la semaine de 7h00 à 22h00 sans interruption, ne fermant que rarement son magasin même en période de fête. Il est toujours agréable et souriant, pour résumer il est bon commerçant. Il est marié, on peut sans doute dire de lui qu'il est bon père de famille, il a toujours veillé à l'éducation de ses quatre enfants, dont trois ont faits des études supérieures, pour lui le travail et la réussite sociale sont des valeurs importantes, et il a donc pris soin à ce que ses enfants ne manquent de rien pour mettre toutes les chances de leur côté.

Il paye ses impôts, enfin comme beaucoup de français il fraude un peu, mais cela ne fait pas de lui un homme malhonnête, il considère simplement que le fruit de son travail doit lui revenir, et que les impôts sont trop élevés. On aurait mauvais jeu de lui en vouloir de penser ainsi.

Il est musulman, il a une foi sincère, cela ne fait pas lui un extrémiste, un de ces dangereux islamistes prônant un régime islamique, non, mais il est homme à être touché par les choses de la religion, et il aime à se voir comme un bon croyant ; il aimerait d'ailleurs aller plus souvent à la mosquée, mais ses longues heures de travail l'en empêche. Il se sent aussi peiner qu'aujourd'hui on associe l'islam au terrorisme, lui comme la majorité des maghrébins ou français d'origine maghrébine ne demande qu'à vivre en paix, sans être pris à parti pour ses croyances religieuses. Il a de même été contrarié par le caractère oppressif de l'interdiction du voile dans les établissements scolaires, et ressent cela comme une atteinte à l'islam et plus largement contre la liberté religieuse.

Il aime à s'informer de l'actualité du monde arabe, à être à l'écoute des débats qui l'agite, et à profiter d'un point de vue non occidental, d'une analyse de l'information passablement différente des chaînes françaises ; les chaînes satellitaires lui rendent se service. Il se sent naturellement proche, en quelque sorte solidaire, de ce monde arabe de par sa culture et sa religion, la guerre en Irak lui a par exemple semblé une agression inadmissible contre un pays arabe et musulman qui ne menaçait aucunement la paix, et il ne croit globalement pas aux bonnes intentions des américains. Il s'identifie de même facilement aux palestiniens et à leurs revendications dans le conflit proche-oriental, il aimerait que les palestiniens puissent aussi avoir leur Etat, avec des frontières sûres, qu'il soient libres et indépendants, il juge souvent sévèrement les politiques israéliennes et les israéliens eux mêmes.

Il aime aussi à ne pas se couper de ses racines, de son Algérie natale qu'il a quitté il y a plus de 30 ans avec une pointe d'amertume pour venir en France, non pas avec de mauvaises intentions, mais pour pouvoir mener une vie meilleure pour lui et sa famille, espérant en immigrant et en travaillant dur pouvoir se mettre à l'abri du besoin, les opportunités se faisant rares en Algérie. C'est pourquoi tous les ans, il passait un mois en Algérie avec ses enfants quand ceux-ci étaient plus jeunes, pour garder un lien avec la famille, mais aussi avec le pays, avec qui il entretient une certaine nostalgie. Il pense que c'est une bonne chose que ses enfants sachent d'où ils viennent, qu'elle est leur histoire, qu'elles sont leurs traditions, ce qui fait d'eux ce qu'ils sont. Qu'ils n'aient pas honte d'où ils viennent, il pense même qu'ils peuvent en être fiers.

Notre épicier est donc quelqu'un de tout à fait respectable, en tout cas pour ma part je ne vois rien de significatif à lui reprocher, même si je ne partage pas ses vues politiques. Alors d'où vient le problème ?

Le problème ne vient pas de notre épicier, du fait qu'on l'apprécie ou pas, ou qu'il soit charmant ou pas ; le problème provient de la multitude, des millions d'individus qui tout comme lui partagent un héritage culturel qui n'est ni français ni européen, et qu'ils comptent bien préserver, conserver. Après tout c'est leur droit le plus strict, tout à chacun à le droit d'être ce qu'il a envie d'être, mais cela crée une situation ou deux cultures majeures cohabient tant bien que mal sur un même territoire. Elie Barnavi (entre autre ancien ambassadeur d'Israël en France) en parlant du conflit israélo-palestien aime rappeler que ce sont deux droits qui s'opposent, c'est à dire le droit des palestiniens et le droits des israéliens à habiter sur la même terre ; à terme nous pourrions nous retrouver dans une telle situation. Il n'est d'ailleurs pas içi question de juger de ces cultures, mais simplement de faire remarquer qu'on assiste à un changement de population ce qui implique que les références culturelles changent, d'une société judéo-chrétienne d'héritage gréco-romain, nous sommes passé à une société double auquelle s'ajoute la culture islamique, si cela se poursuit les transformations n'en deviendront que plus visibles.

Il faut bien admettre que c'est un sujet particulièrement difficile à discuter, les accusations les plus répugnantes ne sont jamais loin, les garants du politiquement correct veillent à tous les étages. On ne serait selon eux parler d'immigration, de démographie sans voir les maghrébins ou les français d'origine maghrébine comme des voleurs, des délinquants, des terroristes, des djihadistes en puissance. En vérité des gens foncièrement malhonnêtes qui mèneraient consciemment une conquête. Cela est évidemment comme je l'ai précédement expliqué totalement faux. L'erreur c'est de raisonner en terme de "bien" ou de "mal", de "gentils" ou de "méchants", alors que la démographie n'est pas affaire de jugement de valeur, la démographie a la froideur des chiffres, les seuls critères pertinents sont les taux de fécondité, les tendances, les chiffres de l'immigration. Ce n'est pas un problème de moralité individuelle ou collective de telle population donnée, c'est presque un problème de physique.

Cette vision des choses heurte sans aucun doute nos propres valeurs, on aime à penser que les gens ne sont pas définis selon une appartenance ethnique mais selon leur mode de pensée, pour ma part j'y souscris aussi, je considère qu'il existe certes un déterminisme qui nous pousse à reproduire les modes de vie de nos parents, amis, et plus largement ceux admis comme "normaux" au sein de nos sociétés, mais aussi que chacun peut se construire, et adopter les idées et l'identité qu'il souhaite si on le lui permet, s'il en a la volonté.
Mais dans les faits les immigrés de ces dernières décennies adoptent que plus ou moins superficiellement notre mode de vie avec tout ce que cela implique, ce phénomène qui tranche avec les immigrations passées des polonais ou des italiens peut s'expliquer par le fait que la France et plus largement l'Europe a renoncé à sa politique d'assimilation, qui consistait à fondre dans le moule les immigrés étrangers, pour qu'ils deviennent des français comme les autres, bâtit sur le même modèle. Il faut préciser que ces flux migratoires sans précédents par leur importance ont empêchés cette assimilation, ainsi que l'origine des immigrés en question qui l'a rendu plus difficile, car il est toujours plus aisé d'assimiler dans une société occidentale des occidentaux, que des individus issus d'une civilisation qui différe par les mentalités collectives, la religion, l'histoire... Un autre élément a joué un rôle en défaveur de l'assimilation, ces immigrés algériens pour prendre cet exemple en particulier étaient issus d'un Etat né de la lutte anti-française, d'où un double sentiment plus ou moins conscient qui est à la fois le mépris pour les vaincus, et la rancoeur due à l'échec de l'indépendance que leur immigration révèle, ce qui débouche, dans les deux cas, sur une certaine haine de la France qui n'a fait que s'accroître avec les générations suivantes ne trouvant pas leur place dans cette société. Aujourd'hui il ne faut pas voir l'intégration comme un phénomène univoque, elle a lieu dans les deux sens, les français de "souche" sont presque autant influencés culturellement par ces immigrés, que ces immigrés ne s'occidentalisent.

Ce renoncement à l'assimilation signifie implicitement que maintenant plusieurs populations de cultures différentes vivent dans le pays, c'est ce qu'on nomme avec emphase le multi-culturalisme. C'est à dire ce que l'on appelle intégration à la française, dont il est vrai qu'on ne sait pas exactement ce que recouvre ce terme, une sorte de mélange inconsistant entre le communautarisme à l'anglo-saxonne et les anciens objectifs d'assimilation, qui s'est à vrai dire globalement révélée un échec. Avec le temps si ces tendances se poursuivent, avec des taux de natalité des nouveaux arrivants bien supérieurs à ceux qui sont traditionnellement les habitants de ce continent qui n'atteignent pas le taux de renouvellement, et surtout si la pression démographique se poursuit, si l'Afrique continue d'affluer en Europe, il se pourrait bien que l'Europe ne soit plus qu'une extension de ce continent, inclut dans une nouvelle aire civilisationnelle. Actuellement un changement massif de population se produit dans le silence général, presque personne ne prenant conscience des transformations profondes en cours et à venir, le politiquement correct poussant les autres à tenir leur langue. Le jour où la réalité se révélera au grand jour, où l'on ne pourra plus nier ce qui se passe, il se pourrait bien que cela aboutisse à une situation nous rappelant de tristes événements se passant dans les Balkans ou dans quelques lointains pays africains. Plus les les événements tarderont, plus il se pourrait qu'ils soient terribles.

Ce sera la première fois dans l'histoire, où des peuples auront acceptés volontairement et par idéologie que d'autres peuples s'installent dans leurs Etats et les remplacent. C'est la pulsion de mort d'une société qui a mal vieillit, et qui a force de se haïr finira par s'auto-détruire.


Le lent suicide de l’Europe continentale : où sont
passés tous les enfants ?
Comparaison des taux de fécondité des différents pays du monde

- Vae Victis

9 Comments:

Blogger Adonis301 said...

Tiens, lis-ca si tu en as le courage:

http://luttefinale.blogspot.com/2005/09/libralisme-fascisme-la-convergence.html

12:17 AM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Génial! Tu nous fais une pub du tonnerre adonis, peut-être même que certains de tes lecteurs vont abandonner ton gauchisme moralisateur et paternaliste pour des idées un peu plus saines. Continue comme ça p'tit gars ;-)

10:58 AM  
Blogger Harald said...

Lafronde, Vae Victis, pour paraphraser Audiard: "Ne causez pas aux c..s, ça les instruit".

1:14 PM  
Blogger Charles Legrand said...

Ce texte est immonde !

Soit vous êtes des fachos, soit vous êtes des fous..

11:59 AM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Merci à vous, je prends cela comme un encouragement.

12:05 PM  
Blogger Harald said...

Heureux mortels, Charles Legrand (et non pas le grand Charles, ça se saurait) s'est intéressé à vous. C'est assurément un gage de qualité, surtout lorsqu'il s'énerve.

10:05 AM  
Blogger Eti-N said...

Je sais bien qu'on va me traiter de nihiliste ou autre nom d'oiseau de ce genre, mais j'espère que cela ne sera pas le cas, puisque j'essaie de faire preuve de bonne volonté en n'usant pas de l'ad hominem puant - ceci dit, je ne le pense pas, ce qui aide à ne pas en user.

Franchement, j'ai du mal à comprendre où est le problème de la démographie. Quelque soit la véracité du début de cette phrase, pas ailleurs : "Avec le temps si ces tendances se poursuivent, avec des taux de natalité des nouveaux arrivants bien supérieurs à ceux qui sont traditionnellement les habitants de ce continent qui n'atteignent pas le taux de renouvellement, et surtout si la pression démographique se poursuit, si l'Afrique continue d'affluer en Europe, il se pourrait bien que l'Europe ne soit plus qu'une extension de ce continent, inclut dans une nouvelle aire civilisationnelle."

Soit dit en passant d'ailleurs, les aires civilisationnelles sont des constructions a posteriori qui n'ont pas d'existence réelle, et qui sont extrémement complexes à déterminer - que l'on prenne un seul facteur : religion, ethnie, langue, ou une conjonction de ces facteurs.
Je sens bien que la théorie du choc des civilisations n'est pas loin, mais cette théorie est bien plus un moyen d'interpréter (et de coller dans les petites cases) les conflits internationnaux, qu'une analyse rigoureuse des causes - et elle vise même à en occulter certaines, pour offrir une justification politique (à des intentions belliqueuses).

Je ne dis pas que vous l'utilisez comme telle, je dis qu'elle est généralement utilisée comme telle.

Une dernière remarque sur ces deux phrases : "L'erreur c'est de raisonner en terme de "bien" ou de "mal", de "gentils" ou de "méchants", alors que la démographie n'est pas affaire de jugement de valeur, la démographie a la froideur des chiffres, les seuls critères pertinents sont les taux de fécondité, les tendances, les chiffres de l'immigration. Ce n'est pas un problème de moralité individuelle ou collective de telle population donnée, c'est presque un problème de physique.".

Je souhaiterai juste vous rappeler ces mots de Kant - éminent penseur "libéral", excusez-moi -, dans le Fondement pour la métaphysique des moeurs, dans un de ses commandements pour une éthique et une morale (juste et libérale, serais-je tenté de dire) : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen. ».

Je crois que votre propos ne s'y conforme guère, et c'est fort dommage.

9:44 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

Eti-N, tu écris:

"Je sens bien que la théorie du choc des civilisations n'est pas loin, mais cette théorie est bien plus un moyen d'interpréter (et de coller dans les petites cases) les conflits internationnaux, qu'une analyse rigoureuse des causes - et elle vise même à en occulter certaines, pour offrir une justification politique (à des intentions belliqueuses)."

Moi, je sens bien que certains libéraux ont une peur panique de tout constat qui peut, aux yeux des autres, les rapprochez -à tort- de certains identitaires et autres monopolistes de l'amour de la civilisation. Ce qui les amène bien souvent à tomber dans l'excès inverse, c'est fort dommage.

Ensuite, il serait bon que tu étayes un peu plus ton dernier propos car -tu m'excuses?- je n'ai pas bien compris ce qui, dans ce texte, peut remettre en cause le "libéralement correct".

- Lafronde

9:28 PM  
Blogger Lafronde & Vae Victis said...

"Soit dit en passant d'ailleurs, les aires civilisationnelles sont des constructions a posteriori qui n'ont pas d'existence réelle, et qui sont extrémement complexes à déterminer - que l'on prenne un seul facteur : religion, ethnie, langue, ou une conjonction de ces facteurs."

Oui j'en conviens, j'utilise surtout cette image pour montrer l'importance des transformations qui se produiront avec ces changements de population, qui impliquent une redéfinition des références sur lesquelles se bâtit notre société.

Les aires civilisationnelles sont difficiles à définir, elles sont floues, elles manquent de cohérence, elles peuvent apparaître éclatées, mais ce n'est pas pour autant qu'elles n'existent pas, même si elles n'ont pas d'existence "légale", frontalière. Je crois qu'elles se situent entre sentiment d'appartenance et corpus de références.

"Je sens bien que la théorie du choc des civilisations n'est pas loin, mais cette théorie est bien plus un moyen d'interpréter (et de coller dans les petites cases) les conflits internationnaux, qu'une analyse rigoureuse des causes - et elle vise même à en occulter certaines, pour offrir une justification politique (à des intentions belliqueuses).

Je ne dis pas que vous l'utilisez comme telle, je dis qu'elle est généralement utilisée comme telle."


Les abstractions telles que le choc des civilisations permettent de se représenter certains phénomènes conceptuellement. Mais s'appuyer exclusivement sur ces abstractions pour développer une analyse géo-stratégique est bien trop réducteur. Et pour tout dire souvent faux.

"Je souhaiterai juste vous rappeler ces mots de Kant - éminent penseur "libéral", excusez-moi -, dans le Fondement pour la métaphysique des moeurs, dans un de ses commandements pour une éthique et une morale (juste et libérale, serais-je tenté de dire) : « Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin et jamais simplement comme un moyen. ».

Je crois que votre propos ne s'y conforme guère, et c'est fort dommage."

Kant se base sur le concept d'humanité. Précédemment vous reprochiez à la théorie du Choc des civilisations d'être une abstraction s'appuyant sur un fond de réalités, les "aires civilisationnelles n'ayant pas d'existance réelle". Mais l'humanité n'est pas plus réelle que les aires civilisationnelles, voire même moins. Car nous savons tous deux que derrière le mot "humanité" se cache tout un tas de conceptions philosphiques et politiques qui renvoyent à l'unicité de l'Homme, et à la fraternité du genre humain... ,qui ne signifient pas simplement : humanité = il y a des hommes. L'humanité est une abstraction qui n'existe que dans l'esprit de ce celui que la voit. Ce n'est pas un hasard si c'est l'Occident qui a inventé l'universalisme et plus tard le concept de crime contre l'humanité.

4:43 PM  

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